Il fait chaud, voir bouillant en ce moment des deux côtés de la péninsule coréenne. Le 26 mars dernier, la corvette sud-coréenne « Cheonan » PCC-772, commandé par le Capitaine Choi Won-il, a coulé en 5 minutes après qu’une puissante explosion se soit produite à son immédiate proximité. Sur l’équipage
de 104 hommes, 58 ont pu se sauver mais 46 marins ont perdu la vie, ce qui a provoqué une émotion considérable en Corée du sud. La corvette « Cheonan », du nom d’une ville située à 80 km au sud de Séoul et dont la spécialité est le boudin de sang de bœuf et de légumes, croisait en l Mer Jaune, à environ un mile nautique (1,9 km) de la ligne séparant les eaux de la Corée du sud et de la Corée du nord. Comme « quelques petit sous-marins et un navire de soutien avaient quitté une base navale nord-coréenne 2 ou 3 trois jours avant le drame et était rentré à leur base 2 ou 3 jours après», la Corée du Nord avait immédiatement été suspectée d’avoir torpillé la corvette « Cheonan », ce que le régime ubuesque du « Grand leader », fils de « Grand Leader » et « Bienfaiteur du Peuple » Kim Jong-Il, avait immédiatement contesté. Comme on ne savait pas encore avec certitude ce qui s’était vraiment passé en Mer Jaune, des opérations de recherches et de renflouement de l’épave du « Chenoan » furent ordonnées.
Quant à Kim Jong-Il, 68 ans, il s’envola presque aussitôt, avec son Ministre de la défense Kim Yong Chun, pour la République populaire de Chine dans… « un voyage non officiel du 3 au 7 mai, à l’invitation du Président chinois Hu Jintao » (sic). Congratulations entre camarades du peuple, banquets, réaffirmation de l’amitié indéfectible entre la Chine et la Corée du Nord, déclarations ampoulées sur la paix, la stabilité et la prospérité de la Péninsule coréenne furent à l’ordre du jour. Mais pas seulement…
Le Grand Leader Kim Jong Il profita aussi de son séjour en Chine pour visiter deux puissantes et multinationales entreprises. D’abord, la « Shenyang Blower Co., Ltd » spécialisée dans des turbine et autres compresseurs qui venait de sortir son nouveau « super compresseur à hydrogène à haute pression lubrifié sans huile » et passé un premier contrat de 70 millions de dollars avec la société américaine « American Superconductor Corp. », pour la fourniture de composants pour l’automation de ses turbines à air électriques. Ensuite, le Grand Leader » visita la « Shenyang NO.1 Machine Tool Sales Co., Ltd. », un conglomérat produisant quelques 300 types de machines outils exportées dans 80 pays du monde.
La « Shenyang Machine Tool (Group) Co., Ltd. » (SMTCL) est née en 1995 d’une fusion entre « Shenyang No.1 Machine Tool Works, China », la « Czechoslovakia Machine Tool Co., Ltd., China », la « Czechoslovakia Radial Drilling Machine Works » et la « Shenyang CNC Machine Tool Co., Ltd. », avec des centres de production à Shenyang, Kunming dans le Yunnan chinois, et Aschersleben en Allemagne. Comme on le dit volontiers chez « Shenyang Machine Tool (Group) Co., Ltd. » (SMTCL), qui a encore fusionné avec l’entreprise allemande « Schess AG » et devenu actionnaire de la société japonaise « Jiaoda Kunji High-tech Co., Ltd »: « Ces dernière années, notre entreprise a développé et adopté des technologies avancées venues d’Allemagne, du Japon et d’Italie. Elle produit maintenant des équipements dans des projet importants d’ingénierie, notamment dans les domaines de l’automobile, du matériel roulant, de l’industrie aérospatiale et de la défense ». Le Grand Leader n’avait donc pas perdu son temps.
Dans cette ambiance mondialisée à souhait, l’épave de la corvette « Cheonan » a finalement été retrouvée, renflouée puis examinée par une commission internationale composée d’experts sud-coréens, américains, australiens,
britanniques et suédois. Le 20 mai dernier, soit il y a tout juste quelques jours, cette Commission a rendu son verdict. En substance : « La corvette sud-coréenne a bien été coulée par l’onde de choc d’une torpille nord-coréenne de type CHT-02D chargée de 250 kilos d’explosifs, qui a explosé à l’immédiate proximité du navire. Les restes de cette torpille, qui ont été retrouvés dans l’épave, correspondent à ce modèle, tel qu’il est décrit dans une brochure confidentielle servant à son exportation par la Corée du Nord. De plus des inscriptions en Coréen, à la main, ont été retrouvées sur les débris de cette torpille. Elles sont les mêmes que celles découvertes sur une autre torpille nord-coréenne découverte dans le sud, sept ans auparavant. » Hum..
La torpille CHT-02D, d’un calibre de 21 inch (533 mm), mesure 7,3 mètres de longueur, pèse 1,7 tonne et sa tête militaire contient 250 kilos de puissant explosif. Elle est guidée par un système passif acoustique, raison pour laquelle la
corvette bourrée d’électronique et de contre-mesures, comme devait l’être le « Cheonan », ne l’aurait pas détectée, pas plus que le sous-marin en approche. Hum…
Cette torpille, initialement produite par la Chine est, comme la Commission d’experts l’a déclaré « exportée par la Corée du Nord ». Donc d’autres en sont équipés aussi. Elle a pu être tirée par un sous-marin de la famille « Yugo », qui comprend différents types de petits sous-marins initialement utilisés par la Corée du Nord dans des missions d’infiltration et d’espionnage. Construits sur base de plans fournis par la Yougoslavie en 1965, d’où ce nom de « Yugo , certains derniers modèles de cette famille « Yugo », de la classe « Sang-O », disposent en effet de deux tubes capables de lancer des torpilles d’un diamètre de 21 inch (533 mm). Mais on sait aussi que le Corée du Nord est un gros exportateur d’armes en tous genres, notamment vers la Birmanie de la junte militaire (Myanmar). Des sous-marins de la famille « Yugo » ont donc aussi pu être vendus à d’autres… On sait par exemple que les gros trafiquants de drogues et d’armes, les choses allant souvent de pair, disposent de sous-marins. Simple note : le vieux sous-marin américain de la classe « salmon », puis « Sargo », peut lui aussi tirer des torpilles de 21 inch (533 mm). Donc difficile d’établir qui a tiré cette torpille, même si les experts de la Commission d’enquête ont déclaré « il n’y avait pas autres sous-marins que nord-coréens dans la zone au moment du drame ». Hum…
On ne voit pas très bien quel intérêt le délirant régime stalinien de la Corée du Nord aurait eu à torpiller volontairement cette corvette sud-coréenne. Sauf par délire pur et simple, ce qui n’est pas exclu vu la nature de ce régime. Par contre, on voit mieux l’intérêt des États-Unis, voir du Japon ou même de l’Australie, à conduire la Chine à se distancier, enfin et clairement, de la Corée du Nord, qui menace tout le monde et sans arrêt de guerre nucléaire. Mais apparemment, même si le Grand Leader s’est peut-être un peu fait diplomatiquement « remonter les bretelles » à Beijing, c’est raté. Les « Fils du Ciel » restent réservés et chinoisent. Le Grand Leader, on l’a vu, a même profité de l’occasion pour visiter de multinationales entreprises chinoises, nourries de hautes technologies venues des États-Unis, d’Allemagne, d’Italie et du Japon… Kim Jong Il vitupère, via ses porte-paroles. « Toute cette affaire est une farce organisée par les marionnettes de la Corée du Sud et leur complices. C’est une déclaration de guerre non déguisée. Notre armée réagira promptement à toute « punition », représailles » ou « sanctions » par des mesures sévères, incluant la guerre totale ». Les États-Unis et les Alliés exigent de la Chine « qu’elle soutienne des mesures punitives contre la Corée du Nord ». Ce ne sont probablement là que pantomimes au moment où, en coulisses, on fait des affaires mondialisées.
Certains n’hésitent aussi pas à voir peut-être dans tout cela une reproduction de l’affaire du Golfe du Tonkin. Le 2 août 1964, le destroyer américain USS Madox (DD-731) avait été « attaqué » en eaux internationales par trois canonnières nord-vietnamiennes. Après avoir été seulement atteint d’une balle de mitrailleuse, le destroyer s’était replié promptement dans les eaux sud-vietnamiennes. Ce fut le déclenchement de l’intervention américaine sur le nord Vietnam. On apprendra, longtemps plus tard, qu’en réalité des unités spéciales avaient provoqué cette réaction nord-vietnamienne, en attaquant en douce certaines îles de la région…
Mer Jaune et Golfe du Tonkin même combat ? Bien malin qui pourra jamais le dire avec certitude.
Ce qui est sûr c’est qu’il y maintenant alerte rouge en mer jaune et que les quelques militaires suisses – dont le seul général dont dispose l’Helvétie en temps de paix, – qui veillent sur le respect des accords d’armistice à Panmunjom, sur la ligne de démarcation entre les deux Corée, doivent avoir chaud en ce moment.